Les potagers urbains : un levier de l’action climatique des villes

Faire pousser des légumes dans son jardin, voilà une pratique que de plus en plus de gens à travers le monde adoptent. Si les bénéfices en termes de lien social ou de santé de cette activité sont bien documentés, les impacts environnementaux sont moins étudiés. Par exemple, il y a peu d’études qui analysent les bénéfices climatiques des potagers urbains. C’est la raison pour laquelle David Cleveland et ses étudiants, une équipe de l’Université de California à Santa Barbara, se sont posés la question suivante : quels seraient les impacts si les ménages de Santa Barbara se mettaient à faire pousser les légumes dont ils ont besoin dans leur jardin, à la place de leur pelouse ? Le résultat de leur travail a été publié dans le journal Landscape and Urban Planning. Il montre qu’il est temps pour les villes de s’intéresser de plus près au potentiel que les potagers urbains représentent dans la lutte contre le changement climatique.

Alors, que se passerait il si les ménages convertissaient une partie de leur pelouse en potager ?

 

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Les potagers urbains : un allié contre le changement climatique…

Les chercheurs ont cartographié les conséquences d’un tel changement par le biais d’une analyse de cycle de vie en posant une série d’hypothèses. S’ils adoptaient cette nouvelle pratique, les ménages :

  • Réduiraient la taille de leur pelouse. Exit, donc, une partie des produits phytosanitaires et l’énergie consommée par la tondeuse.
  • N’achèteraient plus que la moitié de leurs légumes dans le système alimentaire conventionnel.
  • Feraient du compost pour amender leur potager, et arrêteraient de mélanger déchets ménagers et alimentaires. Bénéfice : ces derniers n’iraient plus en décharge, et donc ne produiraient plus de gaz à effet de serre.

Les résultats montrent qu’un tel changement aurait pour conséquence une baisse de 2.1 kg de gaz à effet de serre par kilo de légume et par an.

Si les ménages produisaient dans leur jardin la moitié des légumes qu’ils consomment, ce qui nécessiterait environ 19m2 (soit seulement 3% de la surface moyenne des pelouses dans la ville), ils réduiraient de 4% les émissions de gaz à effet de serre liées à leur alimentation (mais seulement de 0.6% leurs émissions totales).

Cependant, si la moitié des ménages dans le Comté de Santa Barbara faisaient pousser la moitié de leurs légumes, ils contribueraient à 3.3% de l’objectif de réduction des gaz à effet de serre du Comté. Et si la moitié des ménages californiens faisaient de même, ils contribueraient à 7,8% de l’objectif de la Californie.

… à la condition que les ménages n’utilisent pas d’engrais et sachent composter !

Ces résultats ne sont pas négligeables ! Ils sont très dépendants, cependant, de deux facteurs :

  • Tout d’abord, de pratiques de jardinage respectueuses de l’environnement. En effet, les chercheurs ont modélisé une situation idéale, où les ménages ont un bon rendement, n’utilisent pas d’engrais achetés dans le commerce et ne gaspillent pas les légumes produits dans leur jardin. Si ces conditions n’étaient pas remplies, le potentiel de réduction de gaz à effet de serre serait moindre.
  • Ensuite, du fait que les ménages sachent composter. En effet, faire un compost qui ne produise pas de méthane ni de protoxyde d’azote (qui sont des gaz à effet de serre puissants), cela doit s’apprendre. Les ménages peuvent ne pas avoir le temps, ou l’envie, d’apprendre à faire un bon compost. Dans ce cas, mieux vaut ne pas composter à la maison. David Cleveland, le chercheur de l’Université de Californie à Santa Barbara qui a conduit ce travail avec ses étudiants, souligne que ce résultat a été une grande surprise pour eux. S’assurer que le compost est fait de manière adéquate est donc un défi à relever, à tel point qu’il pourrait s’avérer plus bénéfique d’un point de vue environnemental que les ménages envoient leurs déchets fermentescibles à des décharges qui produisent de l’énergie à partir des déchets ou à des installations professionnelles de compostage, plus efficaces, qui leur rendraient ensuite leur compost, plutôt que le faire dans leur jardin.

Quand l’action climatique rencontre les projets alimentaires territoriaux

Les implications de cette recherche en termes d’action politique sont claires : les villes doivent commencer à intégrer dans leur action climatique des mesures qui incitent les ménages à faire pousser leurs légumes et à faire un compost de qualité. Ces actions pourraient par exemple inclure une subvention pour couvrir les coûts de mise en place, des programmes de formation des nouveaux jardiniers ou même des réductions d’impôt pour les ménages qui mettent en place un potager. Les villes pourraient également développer des installations de compostage de bonne qualité pour prendre le relai des ménages qui n’ont pas envie d’apprendre à faire un bon compost.

En matérialisant les bénéfices environnementaux des potagers urbains, cette recherche permet aussi aux décideurs urbains de se lancer sur le sujet. La méthodologie développée dans cet article pourrait être utilisée à la fois dans les politiques climatiques et les politiques alimentaires. Encore une bonne raison pour allier action climatique et action alimentaire !


Source: Cleveland, D.A., Phares, N., Nightingale, K.D., Weatherby, R.L., Radis, W., Ballard, J., Campagna, M., Kurtz, D., Livingstone, K., Riechers, G., Wilkins, K. (2017), The potential for urban household vegetable gardens to reduce greenhouse gas emissions, Landscape and Urban Planning, 157, pp. 365-374

N.B. : l’auteure remercie David Cleveland pour sa relecture et ses conseils.

Source image : Pixabay

4 Replies to “Les potagers urbains : un levier de l’action climatique des villes”

  1. Bonjour,
    Pouvez vous préciser les méthodes pour faire un “bon compost” à la maison, qui n’émet pas de méthane ni de protoxyde d’azote, et quelles sont les pratiques à éviter… ? Est-ce que cette question des émissions du compostage individuel a été suffisamment étudiée et documentée pour en tirer des recommandations ?

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