Les conseils de politique alimentaire, c’est quoi, exactement ?

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Les conseils de politique alimentaire (food policy councils en anglais) se développent rapidement à l’échelle mondiale. Tous les ans, le Food Policy Networks project (basé au Center for a Livable Futures de la Johns Hopkins University, aux Etats-Unis), réalise une enquête auprès de ces conseils pour mieux les connaître.

Qui sont-ils ? Que font-ils ? De quoi ont-ils besoin ? Petit tour d’horizon…

D’où viennent les conseils de politiques alimentaire ?

En 2016, 324 conseils de politique alimentaire, basés aux Etats-Unis et au Canada, ont répondu à l’enquête. Aux Etats-Unis, ils opèrent principalement à l’échelle du comté (county), alors qu’au Canada, ils sont plutôt actifs à l’échelle plus restreinte d’une municipalité. Avant les années 2000, on comptait moins de 20 conseils actifs sur les 2 pays. On constate donc une croissance très importante ces 15 dernières années. Selon Karen Bassarab et Raychel Santo, qui ont réalisé l’enquête de cette année avec Lily Sussman, cela peut s’expliquer par différents facteurs. Parmi ceux-ci, le dynamisme du mouvement pour une alimentation locale aux Etats-Unis, l’existence de financements nationaux sur ces sujets, et également, l’idée qui se développe chez de nombreux acteurs, que l’action locale est nécessaire pour affronter les défis mondiaux.

Que ce soit aux États-Unis ou au Canada, les conseils de politique alimentaire sont généralement gérés par des organisations sans but lucratif ou des mouvements citoyens. Ils ont des degrés divers d’interaction avec les autorités locales. Seulement 2 sur 10 sont directement hébergés par une collectivité. Cependant, les conseils ont des généralement relations étroites avec les autorités locales. Celles-ci peuvent nommer certains des membres, voire demander à ce que ses représentants siègent au conseil, ou encore apporter un soutien (financier, en nature…). Un quart des conseils réserve certains de leurs sièges à des représentants des collectivités. Seuls 9% des conseils ont indiqué ne pas avoir de contact du tout avec le gouvernement local. En effet, d’après les chercheuses, il s’agit pour eux de préserver leur indépendance afin de se protéger des changements politiques locaux.

Que font-ils ?

Les activités des conseils incluent généralement : la coordination des acteurs locaux du système alimentaire, la mise en réseau et le partage d’information sur les activités de chacun. Les chercheuses soulignent qu’il s’agit d’une composante cruciale de leur activité, même s’il est difficile d’en évaluer l’impact avec les indicateurs quantitatifs habituellement utilisés.

Un autre domaine d’action est le plaidoyer : les conseils cherchent à inscrire les questions alimentaires sur l’agenda politique local. En effet, 38% des conseils affirment qu’ils ont besoin d’impliquer les élus de façon importante pour réaliser leur mission. Une des actions peut par exemple consister à demander à ce qu’une personne identifiée soit en charge des questions alimentaire dans le gouvernement local et devienne leur interlocuteur privilégié.

Concernant leurs thèmes de travail, les représentants des conseils interrogés font ressortir  : l’accès à une nourriture saine, le développement économique et les marchés publics. Les questions d’urbanisme et de planification foncière sont également citées comme des priorités. Au contraire, le droit du travail dans le domaine de l’alimentation, de même que les enjeux environnementaux, sont moins souvent abordés. Selon les chercheuses, les thèmes abordés peuvent varier en fonction du degré de maturité des conseils : au fur et à mesure de leur activité, ils s’intéressent à des thèmes de plus en plus complexes passant par exemple de l’agriculture urbaine ou de l’accès à l’alimentation à des sujets comme le gaspillage alimentaire ou les droits des travailleurs.

De quoi ont-ils besoin ?

L’enquête a également interrogé les représentants des conseils sur ce dont ils ont besoin pour remplir leurs missions. Autant de pistes d’action pour des villes ou des mouvements citoyens qui veulent lancer un conseil, ou en soutenir un. Il ressort de l’enquête que les conseils ont besoin :

  • De temps : après avoir rapidement grandi, les conseils ont maintenant besoin de renforcer leur capacité à avoir un impact sur leur communauté et sur les politiques de leur territoire. Leur travail de mise en réseau et de changement des stratégies des acteurs prend du temps, et les chercheuses soulignent que le simple fait d’arriver à mettre autour d’une même table tous les acteurs du système alimentaire d’une ville est déjà une victoire en soi. Il est donc nécessaire de soutenir leur activité sur le long terme, et non par à-coups.
  • D’appui à l’organisation. Les conseils font face aux défis classiques des organisations dont l’activité repose sur des bénévoles et des donations en nature. Seulement 20% d’entre eux ont au moins un employé à plein temps.
  • D’aide technique sur des sujets bien précis : les politiques publiques, la communication (surtout avec les élus) et la levée de fonds. En effet, les budgets des conseils sont assez réduits : 64% ont un budget de 10 000 dollars ou moins par an.

Fournir ce soutien sera essentiel au développement des conseils de politique alimentaire dans le futur et leur permettre d’avoir un impact sur les systèmes alimentaires urbains.


Source : Sussman, L., Bassarab, K. (2016), Food Policy Council Report 2016, Johns Hopkins Center for a Livable Future, Food Policy Networks

Albane GASPARD – Septembre 2017

NB : l’auteure remercie Karen Bassarab et  Raychel Santo pour leur relecture et leurs conseils.

Crédits photo : Pixabay

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