L’union fait la force ? Le point sur les réseaux de villes

  • Les réseaux de ville les plus efficaces ont démontré leur capacité à faire s’engager les villes et à établir des méthodologies communes
  • Cependant, ils doivent encore faire la preuve qu’ils peuvent générer des changements d’ampleur

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Les réseaux de villes sur les questions alimentaires se développent rapidement, à l’échelle nationale comme internationale. Quel est le potentiel de ces réseaux ? C’est sans doute trop tôt pour se prononcer. Néanmoins, il est possible d’apprendre de l’expérience de réseaux plus anciens, notamment ceux qui travaillent depuis des années sur le climat. Des chercheurs de l’Université de Californie à Santa Cruz (Etats-Unis) et Guelph (Canada) ont passé en revue la littérature scientifique sur leurs bénéfices et leurs limites. Leurs conclusions fournissent des pistes intéressantes pour les réseaux sur l’alimentation.

Des méthodologies communes

La contribution la plus visible des réseaux climat se situe au niveau de la méthodologie. Ils ont simplifié la planification et le suivi de l’action climatique en définissant des règles communes d’estimation des gains de gaz à effet de serre. Ils ont ouvert la voie à la standardisation de la mesure des émissions (par exemple, avec le Global Greenhouse Gas Protocol for Cities).

Il reste encore des aspects à améliorer, notamment sur la fiabilité et la comparabilité des données. Il n’est pas toujours facile de disposer de données à l’échelle de la ville, voire même de définir le périmètre de la ville…

Cependant, grâce à l’action des réseaux, on sait maintenant mieux où se situent les potentiels les plus intéressants d’atténuation dans les villes, et où faire porter l’effort. Le fait d’agréger les actions des villes (et leurs émissions) a aidé les réseaux à démontrer leur capacité à générer des effets significatifs à l’échelle mondiale.

Des engagements

Les réussites des réseaux se voient également sur le plan politique. Les réseaux les plus efficaces ont réussi à faire s’engager les villes sur des objectifs de réduction d’émissions, ce qui est d’autant plus remarquable que les réseaux n’ont pas vraiment de pouvoir sur les villes. De fait, le véritable indicateur du succès d’un réseau n’est pas tant le nombre de villes membres mais leur engagement sur des objectifs de réduction, et, encore plus important, la mise en place d’actions pour atteindre ces objectifs.

Comment y sont-ils parvenus ? D’après David Gordon, un des auteurs de l’étude, comme les réseaux ne peuvent pas obliger les villes à agir, ils se sont positionnés comme fournisseurs de services.

Le premier service qui vient en tête est l’échange autour des bonnes pratiques. Les réseaux sont une opportunité pour partager des idées et s’inspirer de l’action des autres (dans les limites, bien sûr, du copier/ coller des projets, voir notre article sur le sujet).

Certains réseaux se sont positionnés comme facilitateurs d’accès à des financements extérieurs (de bailleurs internationaux ou du secteur privé). Dans un contexte de concurrence dans l’accès à ces financements, ils fournissent ainsi un service non négligeable car les villes sont sous pression pour montrer que leur action a un impact. On pourrait même analyser le travail accompli sur la méthodologie de calcul des économies d’énergie comme un appui aux villes dans leur reporting aux bailleurs et investisseurs. Cela soulève une question cependant : les réseaux, outil de coopération entre les villes, contribueraient-ils également à la compétition entre ces dernières ?

Des villes et des États

Un autre succès politique des réseaux est d’avoir positionné les villes comme un acteur sur la scène climatique. En s’unissant et en faisant des déclarations ambitieuses sur le rôle des villes, ils se sont invités à la table de la politique de lutte contre le changement climatique.

C’est visible à l’échelle internationale. Si les villes ne sont pas formellement intégrées dans les négociations internationales sur le climat – car seuls les États y sont invités – leurs réseaux ont réussi à gagner en visibilité. Ainsi, même si elles ne font pas partie du dialogue entre États, elles peuvent l’influencer. Par exemple, en affichant leur engagement, elles mettent la pression sur les États.

On peut également remarquer ce phénomène à l’échelle nationale. Appartenir à un réseau rend les villes plus fortes dans leurs échanges avec leur État, car elles sont auréolées de la légitimité des autres villes du réseau. Les villes adopteront-elles dans le futur une stratégie similaire à celle de la Californie, qui met en place des régulations environnementales plus strictes que celles du niveau Fédéral ?

Seront-elles à la hauteur du défi ?

L’action des réseaux produit-t-elle des résultats tangibles ? Pour le moment, les chercheurs soulignent qu’il est difficile de documenter les progrès accomplis. Les réseaux ne communiquent pas sur des résultats chiffrés sur les réductions d’émissions.

C’est compréhensible dans la mesure où il est difficile d’attribuer l’action d’une ville à sa seule participation à un réseau. Mais cela signifie également qu’il n’est pas possible de dire si la somme des actions mises en place par les villes des réseaux les placent sur la bonne trajectoire.

Dans le futur, les réseaux devront démontrer leur capacité à générer des changements d’ampleur dans les villes, et non juste des actions de faible importance. Ceci, bien sûr, est une leçon clé pour les réseaux travaillant sur l’alimentation !


Albane GASPARD – Décembre 2018

Urban Food Futures remercie David Gordon pour sa relecture et ses conseils

Source : Gordon, D., Johnson, C. (2018), “City-networks, global climate governance, and the road to 1.5 °C”, Current Opinion in Environmental Sustainability, Vol (30), pp. 35-41

Crédits photo : Photo by Ankush Minda on Unsplash

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