Redécouvrir les arbres fruitiers urbains

  • Nos villes arbitrent de nombreux arbres fruitiers qui peuvent représenter des bénéfices en terme de sécurité alimentaire
  • Les arbres fruitiers sont rarement présents dans les politiques alimentaires, les bénéfices et risques sont peu connus
  • Prendre soin des arbres fruitiers urbains demande des compétences et une temporalité particulière, ainsi que le soutien des habitants

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Nos villes arbitrent de nombreux arbres fruitiers qui peuvent représenter des bénéfices en terme de sécurité alimentaire. Pourtant, ils sont très souvent absents des réflexions des autorités locales et des associations. Un article récent de chercheurs de l’Université de Toronto (Canada) confirme que les arbres nourriciers ne font pas partie des priorités des villes canadiennes, et qu’on en sait peu sur eux.

Une bonne raison de continuer les recherches sur la question, mais également, d’apprendre des quelques villes qui ont redécouvert ces arbres.

Les arbres nourriciers ne trouvent pas leur place dans la gestion des forêts urbaines

Quels sont les moyens d’action à disposition des autorités locales au sujet des arbres nourriciers ? Les chercheurs ont eu l’idée de se pencher sur les stratégies existantes de gestion des arbres en ville. Au Canada, celles-ci sont explicitée dans les Plans de Gestion des Forêts Urbaines (Urban Forest Management Plans). Ce sont des plans développés dans les années 2000, alors que l’intérêt pour les arbres en ville et les services écosystémiques associés se développait. Ils peuvent concerner les arbres localisés à la fois sur des propriétés publiques et privées.

Les chercheurs ont passé en revue 47 de ces Plans pour y rechercher la trace des arbres fruitiers. Seuls 14 d’entre eux en parlent de façon explicite, et même dans ceux-ci, à l’exception de quelques-uns, les questions d’alimentation ne sont pas une préoccupation majeure. Lorsqu’elles sont abordées, les principales actions à leur égard sont : la plantation d’arbres dans l’espace public, les rues et les cours d’école, et l’encouragement à la plantation d’arbres sur des propriétés privées.

Comment expliquer cela ? D’après Janina Kowalski, qui réalise actuellement ses recherches de doctorat sur le sujet, les Plans de gestion cherchent avant tout à maximiser la contribution des arbres en terme de services écosystémiques, comme l’atténuation du changement climatique ou la séquestration de carbone. Ils mettent donc l’accent en priorité sur l’augmentation de la couverture par la canopée, la taille des arbres et leur diversité. Ils ne regardent pas tant les biens que les arbres peuvent fournir, mais plutôt les services.

Ces Plans font également très attention à équilibrer les bénéfices et les risques associés aux arbres en ville. Or les arbres nourriciers peuvent engager la responsabilité des autorités locales si, par exemple, des fruits tombent et abiment la propriété d’un tiers.

Arbres nourriciers et sécurité alimentaire urbaine : un sujet à creuser

Les chercheurs ont ensuite analysé la littérature scientifique existante sur les bénéfices des arbres nourriciers en ville. Leur constat est que le corpus scientifique est peu étoffé sur la question. Les bénéfices potentiels incluent l’alimentation, bien sûr, mais également l’atténuation du changement climatique, des services culturels, la cohésion sociale… Mais la recherche a encore besoin de documenter dans quelle mesure ces bénéfices se matérialisent bien en réalité. Elle doit également analyser plus finement l’équilibre entre ces bénéfices et des dangers potentiels pour la santé, par exemple, la présence de polluants urbains.

On en sait encore moins sur les arbres localisés sur les propriétés privées. Leurs propriétaires suivent-ils vraiment les conseils prodigués par les autorités publiques sur la façon de prendre soin de leurs arbres ?

En un mot, il reste encore beaucoup de recherches à faire avant que les arbres nourriciers ne prennent réellement leur place dans les politiques alimentaires locales.

Arbres et agriculture urbaine : les spécificités

Quelques villes canadiennes ont néanmoins commencé à intégrer les arbres nourriciers dans leurs politiques alimentaires. A Seattle, par exemple, les organisations de glanage ont joué un rôle clé dans la présence de ces arbres dans le Plan de gestion des forêts urbaines de la ville. A Vancouver, ils sont présents dans la Stratégie Alimentaire – mais pas dans le plan de gestion des forêts urbaines – qui soutient les vergers partagés et les paysages urbains comestibles. Un de ses objectifs est d’augmenter la plantation d’arbres nourriciers lorsque des nouveaux arbres sont plantés dans les parcs ou l’espace public, et d’encourager l’appropriation de ces arbres par les habitants. A Victoria également, la ville donne la priorité aux arbres nourriciers (surtout les fruits à coques) dans les rues.

Ces expériences permettent d’identifier 3 éléments clés pour la présence d’arbres nourriciers en ville :

  • Les compétences : le soin des arbres requiert des compétences spécifiques que les jardiniers locaux n’ont pas toujours. Tailler un arbre est une opération importante qui ne s’improvise pas. Si la ville veut développer les arbres nourriciers, elle doit s’assurer que ces compétences existent, qu’elles soient détenues par des citoyens, des associations ou des jardiniers publics.
  • Le soutien des habitants : c’est une chose de faire pousser des fruits, c’en est une autre de disposer de la main d’œuvre pour les récolter. Les arbres fruitiers peuvent s’avérer des sources de désordre en l’absence d’habitants ou d’associations de glanage motivés. Des organisations comme Not far from the tree (Toronto) ou Life Cycles (Victoria) se chargent de cueillir les fruits dans les jardins privés et de les partager entre leurs propriétaires, les volontaires et les banques alimentaires locales.
  • Du temps : les arbres ont leur temporalité propre, et, en cela, ils sont une espèce à part dans le périmètre de l’agriculture urbaine.

Par conséquent, les arbres nourriciers urbains ont besoin de règles de gestion et de main d’œuvre spécifiques. Ils ne peuvent pas être gérés comme les autres biens alimentaires glanés en ville (voir notre article sur le glanage en ville). C’est un point important que les villes doivent avoir en tête lorsqu’elles vont redécouvrir les arbres fruitiers de leur territoire !


Albane GASPARD – Février 2019

Urban Food Futures remercie Janina Kowalski pour sa relecture et ses conseils

Source : Kowalski, J., et al (2018), Branching out: The inclusion of urban food trees in Canadian urban forest management plans, Urban Forestry & Urban Greening

Crédits photo : Pixabay

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